Leçon 14 – Connie Willis ou l’impossibilité de vivre dans le présent

 

Et oui, je lis de la science-fiction. Et pas n’importe laquelle, s’il vous plaît. De la bonne SF. Du moins, j’y crois. Bref, Constance Elaine Trimmer Willis, alias Connie Willis (pourquoi les auteurs de SF ont souvent des noms étranges en plus de présenter des photos où ils sont rarement sous leurs meilleurs jours?), auteure américaine née en 1945 au Colorado m’est tombé dans l’œil il y a un an déjà, et je viens de terminer la lecture de Sans parler du chien (To say nothing of the dog), paru chez J’ai lu en version française en 2000.

Cette bonne brique dont le sous-titre mystérieux, Sans parler du chien ou Comment nous retrouvâmes enfin la potiche de l’évêque, a pour décor l’époque victorienne, l’Angleterre de la Seconde Guerre mondiale et l’an 2056. Rien que ça.

D’abord, qu’est-ce qu’une potiche me direz-vous? Je ne le savais pas précisément non plus (sauf dans son deuxième sens utilisé plus souvent : marionnette, pantin, et personnage insignifiant ou honorifique), et donc, c’est une espèce de grand vase de porcelaine souvent originaire d’Extrême-Orient.

Bon, intéressant, mais encore? La potiche de Willis est à l’origine de toute une série d’aventures ayant pour décor la Cathédrale de Coventry à diverses époques. Le but : retrouver un vase horriblement laid, mais essentiel dans la conjoncture spatiotemporelle de 2056. Une riche mécène veut reconstruire St-Michael’s Cathedral détruite lors d’un bombardement de la Luftwaffe dans la nuit du 14 novembre 1940* et est prête à risquer le tout pour le tout pour y parvenir, même à mettre en péril la vie de plusieurs de voyageurs temporels mis à sa disposition.

Et oui, en plus d’être une magicienne des voyages temporels, Connie Willis brode sur l’histoire anglaise pour construire Sans parler du chien. Et ce sont les scientifiques chez elle, qui détiennent ce pouvoir. Comme dans Le grand livre (1993), où une jeune scientifique anglaise se retrouve par erreur (et oui, la science des voyages temporels n’est pas exacte) en 1306 pleine peste bubonique, les protagonistes de Sans parler du chien sont des historiens et des chercheurs aux prises avec les aléas des voyages temporels et la possibilité d’anachronismes irréversibles. Si un chat égaré dans le dédale des époques est à l’origine de tous les malheurs, c’est plutôt un chien qui complique davantage la trame narrative.

Je voulais vous parler de Connie Willis, car une bonne histoire, peu importe le genre auquel on la rattache est une bonne histoire. Point. Et j’aime les bonnes histoires. Surtout, quand le présent ne semble pas être d’emblée un imaginaire romanesque. Toute histoire est-elle bonne à raconter? Sous la plume de Willis, il n’y a pas à dire, le futur est un passé conjugué au présent et depuis ma rencontre avec elle, la Cathédrale de Coventry, le Moyen Âge et son terrible fléau, ou encore le Titanic (Passage, 2001) sont beaucoup plus que de tragiques moments de l’histoire de l’humanité.

Voici quelques-unes des œuvres de Connie Willis traduites en français (sinon, il y en a davantage en langue originale anglaise) :

- Le Grand Livre (1993)
Prix Hugo du meilleur roman 1993, Prix Nebula du meilleur roman 1992, Prix Locus du meilleur roman de science-fiction 1993
- Remake (1994)
Prix Locus du meilleur roman court 1996
- Sans parler du chien (1997)
Prix Hugo du meilleur roman 1999, Prix Locus du meilleur roman de science-fiction 1999
- Passage (2001)
Prix Locus du meilleur roman de science-fiction 2002

* Le mythique lieu de culte a réellement été détruit sous les bombes allemandes en 1940 et la construction de la cathédrale actuelle s’est terminée en 1962. D’un style résolument moderne pour l’époque, la nouvelle cathédrale St-Michel a été érigée tout à côté des ruines de la précédente et elles cohabitent encore de nos jours!

 

  

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