Faire mine de partir (et écrire ?) dans un hôtel

La fuite. Partir. Bouger. Quitter son bureau, sa chambre, son appartement, sa rue, pour ailleurs. Une chambre, petite ou grande, avec vue soit sur une baie soit sur un stationnement, au choix. Les rideaux tirés et la bible dans le tiroir : vous êtes au bon endroit. Bienvenue.

S’exiler dans une chambre d’hôtel peut être un bon moyen pour venir à bout de ses démons. Incapable d’écrire à la maison? Vous avez un chapitre à terminer, une histoire à fignoler, ou vous voulez simplement profiter du câble gratuit, des films sans pauses publicitaires (pas vraiment sans pauses) et de la machine à glace dans le couloir?

Une fois bien installé dans la chambre, 3 choix s’offrent à vous :

1. Rester dans le noir et réfléchir à votre objectif jusqu’à ce que l’inspiration vienne.

2. Alterner périodes de sieste et périodes d’écriture, jusqu’à l’évanouissement.

3. Regarder la télé et après 7 h 53, de zapping, films en noir et blanc, talk-shows pourris et infos en continu, écrire tard dans la nuit, pour vous réveiller au matin sans comprendre où vous êtes.

S’exiler pour écrire est un excellent moyen de procrastiner (ou pas, au contraire) sur le manuscrit qu’on traîne depuis des années. Celui qui ne finit plus plus de finir. De contraindre. De restreindre. De faire chier.

La chambre d’hôtel est depuis toujours synonyme d’écriture dans le monde littéraire. Elle une bouée, une oasis, un luxe dans un monde bruyant et discordant. C’est l’espace mythique de la solitude assurée, mais aussi l’espace de la promotion pour ceux dont les livres viennent d’être publiés.

Plusieurs hôtels ont leurs habitués, écrivains connus et moins connus, vivants ou légendaires, peut importe, les articles et les livres sont nombreux à ce sujet. Paris est la reine de l’histoire d’amour entre les hôtels et les auteurs. L’article de Delphine Peras, « Luxueuses ou monastiques, les chambres d’hôtel des écrivains », personnifie cette romance à merveille. Dis-moi à quel hôtel tu loges, je te dirai qui tu es.

Avant de faire vos valises, voici quelques définitions utiles :

Chambre d’hôtel : moyen tout indiqué pour se retrouver seul avec ses phrases qui ne veulent plus rien dire, ses mots inutiles qui s’enchaînent sans fin et ses histoires que nous seuls trouvons drôles (ou tristes).

Internet sans fil (WiFi…) : cordon ombilical qui relie au monde, mais qui fait oublier pourquoi une chambre d’hôtel était nécessaire – des heures et des heures de procrastination organisée passées sur des sites aux degrés d’intérêts divers – et indispensable dans ladite situation.

 Machine à café : toujours de mauvaise qualité (du moins dans les hôtels sur le bord des autoroutes) le café de la minuscule machine à café de votre chambre ne peut que vous décevoir et vous déprimer davantage sauf si votre roman a pour décor les trucks-stop et les rest area.

Déjeuner gratuit : votre seul rendez-vous de la journée. Le manquer pourrait mettre en péril plusieurs heures d’écriture.

 Liste des chaînes : distraction ultime. Sa lecture vous promet un monde riche en couleurs, toutes plus brillantes les unes que les autres, dans les faits, le nombre de chaînes est inversement proportionnel à votre capacité à écrire. Le canal météo fait exception à cette règle.

Lit : apprenez à écrire couché si vous voulez profiter pleinement de votre expérience, la chaise et le bureau, c’est tellement XXe siècle. En plus, sachez que vous pourrez faire des siestes éclair à volonté.

 Bible : nécessité nécessaire. Vous aidera à vous concentrer sur votre but. Ça, c’est du solide et c’est un livre… après tout.

This book reveals the mind of God, the state of man, the way of salvation, the doom of sinners, and the hapiness of believers.

Its doctrines are holy, its precepts are binding, its histories are true, and its decisions are immutable.

 Bon début, mais la fin est prévisible.

 

Un hôtel en tête?

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