Leçon 21- De l’utilité des mots devant l’Éternel

Je suis partie pour mieux revenir.

Il y exactement 54 jours que je n’ai rien écrit ici. Rien. Niet. Pas un soupir, un mot, un espoir. Personne ne l’a remarqué, mais c’est tant mieux (la liberté n’a pas de prix).

J’y ai pensé tous les jours cependant. J’imagine que je voulais repousser les limites. Mes limites. Voir qu’un blogue ne sert à rien si personne ne le lit, commente, partage; si personne ne l’écrit… Et le temps, à son manque plutôt, à quoi bon le pointer du doigt, si l’espoir et l’envie ne sont plus.

Voulais-je comprendre mes gestes, mes réflexions, mes réflexes d’écriture, de lecture? Faire comme si de rien n’était, alors que je savais très bien ce que je faisais (c’est-à-dire rien)?

Voulais-je réfléchir à la nécessité de l’écriture? Je n’en sais rien. Mais je sais toutefois que je ne serais rien sans l’écriture, les mots, la page blanche, les idées qui se bousculent et que l’on doit organiser. La ligne est mince entre la fiction et la réalité, et il me semble que je suis cette courroie de suspension qui ne retient plus grand-chose.

Mes derniers textes étaient un hommage à ces écrivains que j’aime, que je lis, que je côtoie parfois et qui me surprennent toujours.

Tant d’autres ont la plume agile. Savent raconter, défricher, surprendre, entendre. Bertrand Laverdure s’est surpassé dans son texte Je ne suis rien avant la #manifencours. L’un des meilleurs textes qu’il m’a été donné de lire depuis sur le conflit étudiant.

 Ou encore ce texte de Patty O’Green que j’aurais aimé écrire : Navarino, mon amour.  Sur la bibliothèque secrète du Café Navarino où la blogueuse va travailler parfois.

Tant d’événements ont lieu au-delà de mon écran, de mes quelques mots. J’aurais aimé les capturer un à un, leur écrire chacun un poème, au moins leur dédier une pensée, en faire des torrents qui pourraient aller rejoindre le tumulte ambiant (quelle idéaliste je suis!), leur écrire une chanson que le temps n’effacerait point (je peux toujours courir, surtout que je n’ai jamais écrit de chanson), bref arrêter de tergiverser seule dans mon coin, sur mes angoisses (face à l’écriture). Maturité? Jamais, tu ne me rattraperas. Gamine devant l’Éternel, j’ai voulu ces Intempéries comme mon autre côté du miroir. Et c’est peut-être ça le problème, à bien y penser.

Leçon 20 – Je vous aime écrivains et autres bonimenteurs

Vous écrivains, êtes partout. Dans les films, sur internet, dans la rue, dans les livres, bien sûr, et vos mots sont sur les murs, dans nos histoires, sur des t-shirts, des affiches : vous résonnez sur scène autant qu’entre nos deux oreilles.

Un mois que je vous hallucine, vous vois dans ma soupe, vous rencontre, que nous discutons, que je tente de vous décortiquer, de vous comprendre. Vous et moi sommes liés d’un pacte immuable et silencieux.

Tout a commencé au début d’avril. Marie-Hélène Poitras publiait alors Griffintown. J’ai rencontré la belle autour d’un café, où elle m’a parlé de son amour des mots, des auteurs, de la lecture. Son dernier ouvrage faisait la lumière sur un quartier, Griffintown, un métier, celui de cocher, et mettait en mots tout un pan de l’histoire montréalaise, à la limite de l’asphyxie, dans une histoire proche du western-spaghetti, fin tragique comprise :

« Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance. »

 

Puis, il y a eu François Saillant. L’homme venait de publier Le radical de velours, chez M éditeur. Couverture Le radical de veloursJe n’ai pu que constater la fougue de ce grand militant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et candidat de Québec solidaire dans Rosemont.

« J’exècre la pauvreté. Je n’en peux plus d’un système capitaliste qui, pour l’enrichissement d’une minorité, exploite, saccage, viole les droits. Je suis convaincue que l’avenir de l’humanité passe par une transformation profonde de la société, par des changements radicaux qui vont à la racine même des injustices.

 J’ai aussi la certitude que les actions radicales, celles qui dérangent, perturbent, frappent l’imagination, ont leur place à côté des grandes mobilisations de masse et qu’elles sont tout aussi indispensables. »

 À relire en ces temps houleux. Les luttes actuelles ne sont ni les premières, ni les dernières, mais elles n’en sont pas moins importantes.

Hier encore, je rencontrais Tristan Malavoy pour le lancement de Les Éléments, album musical aussi poétique que mélodique. Le rédacteur en chef du Voir, chroniqueur littéraire et auteur-compositeur-interprète, a trouvé le temps de se mettre en scène et de nous bercer les oreilles de sa verve inspirée et de sa voix grave. Le temps de douze chansons, le monde chavire et les éléments, soit la terre, l’air, l’eau et le feu, prennent forme.

Au détour d’une entrevue, il m’a dit :

« Je me mets en danger continuellement, je ne sais pas où je vais aboutir, je suis quelqu’un d’assez cartésien en général et je mets ça de côté dans l’écriture. J’ai besoin de me faire surprendre par les mots, par moi-même. La poésie a ça de merveilleux qu’elle nous place dans un état d’étonnement par rapport à nous-mêmes ».

Étonnement par rapport à nous-mêmes? N’est-ce pas votre rôle, écrivains, poètes, essayistes et autres bonimenteurs, de nous étonner, de nous émerveiller? Et le nôtre, de nous questionner, de nous laisser emporter? Si oui, je vous remercie, ce mois-ci écrivains, j’ai pu marcher dans vos pas.

Pour lire mes articles :

« Hors de la calèche, point de salut: Griffintown de Marie-Hélène Poitras »

« Être militant ou ne pas l’être: François Saillant publie Le radical de velours »

« Joindre le geste à la parole : Tristan Malavoy lance l’album « Les Éléments »

Leçon 17 – Grenier et moi… parcours elliptique d’une lectrice

Daniel Grenier dans son blogue Saint-Henri (allez voir!), demandait le 15 mars dernier :

Quel est le livre que vous considérez comme votre première « vraie » lecture, si tant est qu’une telle chose existe? Cette première lecture qui vous a fait vous rendre compte que vous n’alliez probablement plus jamais vous arrêter?

En réaction aux réponses de cette « Petite question », Grenier a mis en ligne le lendemain le texte « Grande réponse », où il expliquait ses débuts à lui comme lecteur, de Tolkien et la SF en passant par Nabokov et Vian, puis terminait sur son envie d’écrire et Nabokov, encore. Le parcours des autres me semble chaque fois tellement plus riche et transcendant que le mien. Je dois bien avoir la mémoire qui flanche, déjà.

À lire les réponses obtenues par Grenier, tout le monde lisait Victor Hugo à 7 ans, Nabokov à 9, et Flaubert avant la puberté, et j’exagère à peine (je remercie chaudement tous ceux qui ont répondu, vous m’avez rappelé de bons souvenirs!), un peu quand même, beaucoup même. Rien de semblable dans mon parcours (Hugo, Nabokov et Flaubert sont venus plus tard), au commencement, et bien, il n’y avait rien, ou presque.

Tout ça pour dire que chaque auteur, chaque lecteur possèdent son histoire « littéraire ». Tous les chemins mènent à l’écriture, si tant est que la lecture est reine. Histoires d’amour entre l’auteur et le texte, n’allez cependant pas y chercher une quelconque justification d’un parcours tracé d’avance. Ces histoires ne disent rien de plus : lisez et écrivez. Point.

 

J’ai envie de faire une Daniel Grenier de moi-même (je crois qu’on avait le même dealer de lunettes! – allez voir sa photo et lire son article, si vous ne l’avez déjà fait!), et remonter la piste de mon désir d’écrire, et de mon parcours de lectrice. C’est bien sérieux tout ça, mais là encore, il est question d’amour et de livres, de tonnes de livres. Je livrerai donc dans les prochaines semaines, des bribes par-ci, par-là, de quelques-unes de mes lectures coup de poing depuis l’enfance, ou pour reprendre les mots de Grenier, de mes premières lectures « vraies », et pour le continuer à le paraphraser, « si tant est qu’une telle chose existe ».  

 

Je vous mets en garde (à quoi bon?), je ne serai ni spirituelle, ni transcendante. Mon parcours est éclectique, elliptique; je suis une fausse littéraire, mais une lectrice assidue (et un jour, une écrivaine bornée). Je tente depuis des années de tenir une liste de mes lectures — je n’y arrive jamais vraiment longtemps – souhaitez-moi bonne chance, je tiens bon depuis le 1er janvier 2012.

Aujourd’hui, le 21 mars est la Journée mondiale de la poésie. Vive les poètes et autres charmeurs de mots!

Claude Beausoleil, Poète de la Cité, invite les Montréalais à fêter avec lui : 3 lectures de poésie dans le métro et une soirée « 21 poètes pour le 21e siècle le 21 mars » à la Maison du Conseil des arts de Montréal, à 17 h 30.

 

Faire mine de partir (et écrire ?) dans un hôtel

La fuite. Partir. Bouger. Quitter son bureau, sa chambre, son appartement, sa rue, pour ailleurs. Une chambre, petite ou grande, avec vue soit sur une baie soit sur un stationnement, au choix. Les rideaux tirés et la bible dans le tiroir : vous êtes au bon endroit. Bienvenue.

S’exiler dans une chambre d’hôtel peut être un bon moyen pour venir à bout de ses démons. Incapable d’écrire à la maison? Vous avez un chapitre à terminer, une histoire à fignoler, ou vous voulez simplement profiter du câble gratuit, des films sans pauses publicitaires (pas vraiment sans pauses) et de la machine à glace dans le couloir?

Une fois bien installé dans la chambre, 3 choix s’offrent à vous :

1. Rester dans le noir et réfléchir à votre objectif jusqu’à ce que l’inspiration vienne.

2. Alterner périodes de sieste et périodes d’écriture, jusqu’à l’évanouissement.

3. Regarder la télé et après 7 h 53, de zapping, films en noir et blanc, talk-shows pourris et infos en continu, écrire tard dans la nuit, pour vous réveiller au matin sans comprendre où vous êtes.

S’exiler pour écrire est un excellent moyen de procrastiner (ou pas, au contraire) sur le manuscrit qu’on traîne depuis des années. Celui qui ne finit plus plus de finir. De contraindre. De restreindre. De faire chier.

La chambre d’hôtel est depuis toujours synonyme d’écriture dans le monde littéraire. Elle une bouée, une oasis, un luxe dans un monde bruyant et discordant. C’est l’espace mythique de la solitude assurée, mais aussi l’espace de la promotion pour ceux dont les livres viennent d’être publiés.

Plusieurs hôtels ont leurs habitués, écrivains connus et moins connus, vivants ou légendaires, peut importe, les articles et les livres sont nombreux à ce sujet. Paris est la reine de l’histoire d’amour entre les hôtels et les auteurs. L’article de Delphine Peras, « Luxueuses ou monastiques, les chambres d’hôtel des écrivains », personnifie cette romance à merveille. Dis-moi à quel hôtel tu loges, je te dirai qui tu es.

Avant de faire vos valises, voici quelques définitions utiles :

Chambre d’hôtel : moyen tout indiqué pour se retrouver seul avec ses phrases qui ne veulent plus rien dire, ses mots inutiles qui s’enchaînent sans fin et ses histoires que nous seuls trouvons drôles (ou tristes).

Internet sans fil (WiFi…) : cordon ombilical qui relie au monde, mais qui fait oublier pourquoi une chambre d’hôtel était nécessaire – des heures et des heures de procrastination organisée passées sur des sites aux degrés d’intérêts divers – et indispensable dans ladite situation.

 Machine à café : toujours de mauvaise qualité (du moins dans les hôtels sur le bord des autoroutes) le café de la minuscule machine à café de votre chambre ne peut que vous décevoir et vous déprimer davantage sauf si votre roman a pour décor les trucks-stop et les rest area.

Déjeuner gratuit : votre seul rendez-vous de la journée. Le manquer pourrait mettre en péril plusieurs heures d’écriture.

 Liste des chaînes : distraction ultime. Sa lecture vous promet un monde riche en couleurs, toutes plus brillantes les unes que les autres, dans les faits, le nombre de chaînes est inversement proportionnel à votre capacité à écrire. Le canal météo fait exception à cette règle.

Lit : apprenez à écrire couché si vous voulez profiter pleinement de votre expérience, la chaise et le bureau, c’est tellement XXe siècle. En plus, sachez que vous pourrez faire des siestes éclair à volonté.

 Bible : nécessité nécessaire. Vous aidera à vous concentrer sur votre but. Ça, c’est du solide et c’est un livre… après tout.

This book reveals the mind of God, the state of man, the way of salvation, the doom of sinners, and the hapiness of believers.

Its doctrines are holy, its precepts are binding, its histories are true, and its decisions are immutable.

 Bon début, mais la fin est prévisible.

 

Un hôtel en tête?