Leçon 20 – Je vous aime écrivains et autres bonimenteurs

Vous écrivains, êtes partout. Dans les films, sur internet, dans la rue, dans les livres, bien sûr, et vos mots sont sur les murs, dans nos histoires, sur des t-shirts, des affiches : vous résonnez sur scène autant qu’entre nos deux oreilles.

Un mois que je vous hallucine, vous vois dans ma soupe, vous rencontre, que nous discutons, que je tente de vous décortiquer, de vous comprendre. Vous et moi sommes liés d’un pacte immuable et silencieux.

Tout a commencé au début d’avril. Marie-Hélène Poitras publiait alors Griffintown. J’ai rencontré la belle autour d’un café, où elle m’a parlé de son amour des mots, des auteurs, de la lecture. Son dernier ouvrage faisait la lumière sur un quartier, Griffintown, un métier, celui de cocher, et mettait en mots tout un pan de l’histoire montréalaise, à la limite de l’asphyxie, dans une histoire proche du western-spaghetti, fin tragique comprise :

« Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance. »

 

Puis, il y a eu François Saillant. L’homme venait de publier Le radical de velours, chez M éditeur. Couverture Le radical de veloursJe n’ai pu que constater la fougue de ce grand militant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et candidat de Québec solidaire dans Rosemont.

« J’exècre la pauvreté. Je n’en peux plus d’un système capitaliste qui, pour l’enrichissement d’une minorité, exploite, saccage, viole les droits. Je suis convaincue que l’avenir de l’humanité passe par une transformation profonde de la société, par des changements radicaux qui vont à la racine même des injustices.

 J’ai aussi la certitude que les actions radicales, celles qui dérangent, perturbent, frappent l’imagination, ont leur place à côté des grandes mobilisations de masse et qu’elles sont tout aussi indispensables. »

 À relire en ces temps houleux. Les luttes actuelles ne sont ni les premières, ni les dernières, mais elles n’en sont pas moins importantes.

Hier encore, je rencontrais Tristan Malavoy pour le lancement de Les Éléments, album musical aussi poétique que mélodique. Le rédacteur en chef du Voir, chroniqueur littéraire et auteur-compositeur-interprète, a trouvé le temps de se mettre en scène et de nous bercer les oreilles de sa verve inspirée et de sa voix grave. Le temps de douze chansons, le monde chavire et les éléments, soit la terre, l’air, l’eau et le feu, prennent forme.

Au détour d’une entrevue, il m’a dit :

« Je me mets en danger continuellement, je ne sais pas où je vais aboutir, je suis quelqu’un d’assez cartésien en général et je mets ça de côté dans l’écriture. J’ai besoin de me faire surprendre par les mots, par moi-même. La poésie a ça de merveilleux qu’elle nous place dans un état d’étonnement par rapport à nous-mêmes ».

Étonnement par rapport à nous-mêmes? N’est-ce pas votre rôle, écrivains, poètes, essayistes et autres bonimenteurs, de nous étonner, de nous émerveiller? Et le nôtre, de nous questionner, de nous laisser emporter? Si oui, je vous remercie, ce mois-ci écrivains, j’ai pu marcher dans vos pas.

Pour lire mes articles :

« Hors de la calèche, point de salut: Griffintown de Marie-Hélène Poitras »

« Être militant ou ne pas l’être: François Saillant publie Le radical de velours »

« Joindre le geste à la parole : Tristan Malavoy lance l’album « Les Éléments »

Leçon 17 – Grenier et moi… parcours elliptique d’une lectrice

Daniel Grenier dans son blogue Saint-Henri (allez voir!), demandait le 15 mars dernier :

Quel est le livre que vous considérez comme votre première « vraie » lecture, si tant est qu’une telle chose existe? Cette première lecture qui vous a fait vous rendre compte que vous n’alliez probablement plus jamais vous arrêter?

En réaction aux réponses de cette « Petite question », Grenier a mis en ligne le lendemain le texte « Grande réponse », où il expliquait ses débuts à lui comme lecteur, de Tolkien et la SF en passant par Nabokov et Vian, puis terminait sur son envie d’écrire et Nabokov, encore. Le parcours des autres me semble chaque fois tellement plus riche et transcendant que le mien. Je dois bien avoir la mémoire qui flanche, déjà.

À lire les réponses obtenues par Grenier, tout le monde lisait Victor Hugo à 7 ans, Nabokov à 9, et Flaubert avant la puberté, et j’exagère à peine (je remercie chaudement tous ceux qui ont répondu, vous m’avez rappelé de bons souvenirs!), un peu quand même, beaucoup même. Rien de semblable dans mon parcours (Hugo, Nabokov et Flaubert sont venus plus tard), au commencement, et bien, il n’y avait rien, ou presque.

Tout ça pour dire que chaque auteur, chaque lecteur possèdent son histoire « littéraire ». Tous les chemins mènent à l’écriture, si tant est que la lecture est reine. Histoires d’amour entre l’auteur et le texte, n’allez cependant pas y chercher une quelconque justification d’un parcours tracé d’avance. Ces histoires ne disent rien de plus : lisez et écrivez. Point.

 

J’ai envie de faire une Daniel Grenier de moi-même (je crois qu’on avait le même dealer de lunettes! – allez voir sa photo et lire son article, si vous ne l’avez déjà fait!), et remonter la piste de mon désir d’écrire, et de mon parcours de lectrice. C’est bien sérieux tout ça, mais là encore, il est question d’amour et de livres, de tonnes de livres. Je livrerai donc dans les prochaines semaines, des bribes par-ci, par-là, de quelques-unes de mes lectures coup de poing depuis l’enfance, ou pour reprendre les mots de Grenier, de mes premières lectures « vraies », et pour le continuer à le paraphraser, « si tant est qu’une telle chose existe ».  

 

Je vous mets en garde (à quoi bon?), je ne serai ni spirituelle, ni transcendante. Mon parcours est éclectique, elliptique; je suis une fausse littéraire, mais une lectrice assidue (et un jour, une écrivaine bornée). Je tente depuis des années de tenir une liste de mes lectures — je n’y arrive jamais vraiment longtemps – souhaitez-moi bonne chance, je tiens bon depuis le 1er janvier 2012.

Aujourd’hui, le 21 mars est la Journée mondiale de la poésie. Vive les poètes et autres charmeurs de mots!

Claude Beausoleil, Poète de la Cité, invite les Montréalais à fêter avec lui : 3 lectures de poésie dans le métro et une soirée « 21 poètes pour le 21e siècle le 21 mars » à la Maison du Conseil des arts de Montréal, à 17 h 30.

 

Leçon 12 – Être député, mais surtout poète. L’écriture au service des citoyens (mais aussi du réflexe politique)?

La voix est claire et me fait l’effet d’un coup de poing bien placé :

de tous ces trous-de-cul
on a notre maudit tabarnaque
de cinciboires de cincrèmes
de jériboires d’hosties toastées
de sacraments d’étoles
de crucifix de calvaires
de couleuré d’ardent voyage

Ces mots sont ceux de Gérald Godin, et l’extrait est tiré de la Nuit de la poésie du 27 mars 1970. Cette lecture par le poète ouvre le documentaire de Simon Beaulieu, Godin que j’ai regardé cette fin de semaine et qui est sorti en 2011. Je n’ai pas pu me retenir de l’évoquer ici.

Cette lecture de Godin ponctue aussi la qu’il faut absolument regarder :

Sur la pochette du DVD, on peut lire sous GODIN : « Documentaire sur le député-poète ». Juste ça, c’est intrigant, c’est beau, même. Dans cette expression-là, est-ce que c’est député ou poète qui le plus important?

J’ai appris beaucoup de choses sur Gérald Godin – en fait je ne le connaissais pas du tout! – et l’histoire du Québec dans ce documentaire, plus démonstratif que partipriste (Godin a déjà dirigé les Éditions Parti Pris), même si je ne peux pas m’empêcher chaque fois que je vois des gens aussi dévoués que Godin pour le Québec et la LIBERTÉ, de ne pas me sentir tout croche de ne rien faire pour ma province, mais bon ça c’est un autre problème. Godin, c’est tellement un grand, que tous les films de la terre ne pourront pas lui rendre hommage justement, sauf que Simon Beaulieu fait un excellent travail.

Constitué d’images d’archive (Godin est décédé en 1994), de témoignages de proches, dont Pauline Julien sa compagne de toujours, et de collègues journalistes et politiciens, dont Denys Arcand, Jacques Parizeau et Jacques Godbout, le portrait dressé par le documentaire est celui d’un grand homme, d’un grand poète, d’un grand politicien, d’un grand tout court. Et en plus, il y a pleins de belles chansons, comme Mommy interprétée par Pauline Julien et que je fredonne sur tous les tons depuis.

Pour le poète engagé qu’était Godin, je vous laisse sur ces mots du grand homme :

« Vu l’urgence que le Québec traverse actuellement, il est essentiel que l’écrivain ne se limite pas à gratter ses plaies, à raconter ses problèmes personnels, à évoquer ses nuits d’amour, à en souhaiter s’il n’en a pas, ou à chanter les charmes de sa noix, comme on dit, mais que son œuvre soit une contribution à ce qu’on appelle communément la lutte pour la libération nationale ».