Leçon 2 – Laferrière et moi

C’est Dany Laferrière qui ouvre le bal avec ses pérégrinations nippones. Je suis un écrivain japonais, roman-essai-journal publié en 2008 par le plus montréalais des Haïtiens, m’a permis de passer une semaine merveilleuse et de croire en la possibilité pure d’écrire, pour le plaisir on s’entend.

Car le narrateur – un Dany Laferrière plus jeune – s’entretient d’un livre en formation et s’installe dans la position mi-bancale, mi-fantasque d’un écrivain japonais, à la frontière des limites identitaires et des guerres de paternité littéraire :

« Je suis étonné de constater l’attention qu’on accorde à l’origine de l’écrivain. Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l’époque. Tous. Flaubert. Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon que faisaient-ils dans ma chambre ? »

Dany Laferrière prend la nationalité de son lecteur. Tout simplement. Cette vision des choses permet à l’auteur, mais surtout à son lecteur de se sentir chez lui partout, dans tous les romans et me conforte, moi, dans mon bonheur de lecture et d’écriture. Cette douceur, présente dans tous les romans de Laferrière, est dans Je suis un écrivain japonais encore plus marquée, encore plus douce.

« Dès que quelqu’un traverse mon champ de vision, il devient un personnage de fiction. Aucune frontière entre la littérature et la vie », écrit-il, les yeux rivés sur une jeune asiatique dans le métro.

Laferrière, encore et encore à relire.