Leçon 12 – Être député, mais surtout poète. L’écriture au service des citoyens (mais aussi du réflexe politique)?

La voix est claire et me fait l’effet d’un coup de poing bien placé :

de tous ces trous-de-cul
on a notre maudit tabarnaque
de cinciboires de cincrèmes
de jériboires d’hosties toastées
de sacraments d’étoles
de crucifix de calvaires
de couleuré d’ardent voyage

Ces mots sont ceux de Gérald Godin, et l’extrait est tiré de la Nuit de la poésie du 27 mars 1970. Cette lecture par le poète ouvre le documentaire de Simon Beaulieu, Godin que j’ai regardé cette fin de semaine et qui est sorti en 2011. Je n’ai pas pu me retenir de l’évoquer ici.

Cette lecture de Godin ponctue aussi la qu’il faut absolument regarder :

Sur la pochette du DVD, on peut lire sous GODIN : « Documentaire sur le député-poète ». Juste ça, c’est intrigant, c’est beau, même. Dans cette expression-là, est-ce que c’est député ou poète qui le plus important?

J’ai appris beaucoup de choses sur Gérald Godin – en fait je ne le connaissais pas du tout! – et l’histoire du Québec dans ce documentaire, plus démonstratif que partipriste (Godin a déjà dirigé les Éditions Parti Pris), même si je ne peux pas m’empêcher chaque fois que je vois des gens aussi dévoués que Godin pour le Québec et la LIBERTÉ, de ne pas me sentir tout croche de ne rien faire pour ma province, mais bon ça c’est un autre problème. Godin, c’est tellement un grand, que tous les films de la terre ne pourront pas lui rendre hommage justement, sauf que Simon Beaulieu fait un excellent travail.

Constitué d’images d’archive (Godin est décédé en 1994), de témoignages de proches, dont Pauline Julien sa compagne de toujours, et de collègues journalistes et politiciens, dont Denys Arcand, Jacques Parizeau et Jacques Godbout, le portrait dressé par le documentaire est celui d’un grand homme, d’un grand poète, d’un grand politicien, d’un grand tout court. Et en plus, il y a pleins de belles chansons, comme Mommy interprétée par Pauline Julien et que je fredonne sur tous les tons depuis.

Pour le poète engagé qu’était Godin, je vous laisse sur ces mots du grand homme :

« Vu l’urgence que le Québec traverse actuellement, il est essentiel que l’écrivain ne se limite pas à gratter ses plaies, à raconter ses problèmes personnels, à évoquer ses nuits d’amour, à en souhaiter s’il n’en a pas, ou à chanter les charmes de sa noix, comme on dit, mais que son œuvre soit une contribution à ce qu’on appelle communément la lutte pour la libération nationale ».

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Leçon 11 – Vouloir rendre compte de tout : tout voir, tout connaître, tout entendre ou the Fear of missing out (je reviens à Langelier… )

Il n’y a pas si longtemps, je croyais qu’il serait relativement simple de lire beaucoup, de lire tout et que cette lecture, et bien, me mènerait presque directement à l’écriture. Maintenant, rien n’est moins sûr et chaque fois que je pose les mains sur mon clavier, ou encore que je tends la main pour choisir une nouvelle lecture, j’ai des doutes. Ridicule, me direz-vous et j’en conviendrai.

J’essaie encore bien naïvement de me rattraper (je n’y arriverai jamais, ça c’est sûr) sur la rentrée littéraire de l’automne dernier et je n’ai pas encore dit mon dernier mot que les pages des journaux sont plein des promesses de la rentrée d’hiver. Et déjà, au fond de moi je ressens cette peur de manquer quelque chose, de passer à côté de lectures extraordinaires, de négliger le Livre qui va changer le cours de mon existence.

Au contraire de Nicolas Langelier dans Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles dont j’ai parlé dans mon dernier billet, je n’ai pas peur (Fear of missing out -FOMO) de manquer des soirées, des lancements, des événements (si un peu quand même), j’ai peur de ne pas lire les livres propices à me propulser sur la voie des textes merveilleux que je rêverais d’écrire. Ridicule, me direz-vous et j’en conviendrai encore.

Comment choisir ses lectures alors et les transformer en quelque chose d’utile pour tous (du moins pour soi)? Marie D. Martel dans son blogue fort intéressant Bibliomancienne sur la philosophie, la littérature et les bibliothèques à l’ère numérique, décrivait le 1er août dernier une semaine typique de bouquinage et lecture dans le billet Techniques de lecture mixte. Wow, je ne sais pas vous, mais il y a à boire et à manger. Le truc? Lire dans plusieurs formats et un peu de tous les genres.

J’aimerais comme Bibliomancienne pouvoir transformer chaque expérience de lecture et avoir la prétention de penser que c’est elle la bonne, l’ultime expérience qui va tout changer, et enfin me permettre d’imaginer des textes merveilleux.

En plus, lorsque je lis des romans, surtout, je ne me rappelle jamais rien après quelques mois, ou presque rien, des impressions plutôt. Les personnages avec qui j’ai été si proche sont redevenus des inconnus. J’ai bien tenté de laisser des traces, de prendre des notes de mes lectures, des personnages, à la limite je recopie des citations, mais souvent il me faut plusieurs minutes pour me replonger dans l’ambiance d’un roman lu des jours, des mois ou des années plus tôt.

Voilà pourquoi ce blogue est bénéfique pour mon travail d’écriture, du moins, j’ai la prétention d’y croire. C’est surtout l’exemple le plus flagrant de ma procrastination littéraire. J’écris ici, ce qui légitime souvent le fait que je n’écrive pas ailleurs, ou si peu, ou pas comme je voudrais. J’ai un réel plaisir cependant à alimenter inégalement Les intempéries. Il y a de très bons blogues littéraires (ou pas), et un jour de prendrai le temps de mettre les liens quelque part sur mon blogue.

En attendant, et puisque je ne peux répondre à toutes ces questions aujourd’hui, le vendredi 27 janvier, j’irai à l’UQAM pour assister à Le blogue littéraire : nouvel atelier de l’écrivain, une journée d’études avec entre autres, une discussion entre les blogueurs de Ma mère était hipster, Madame Chose, Saint-Henri, Déprime explosive et Patty O’Green et Effet de présence.

À vos blogues, prêts, partez.

Leçon 10 – Commencer l’année du bon pied : Au diable la modernité, vive l’hypermodernité ou comment les hipsters sont synonymes de fin du monde

Mes vacances ont été synonymes de soirées sur soupers, sur brunchs, sur apéros. J’ai vu tout mon monde à différents moments étalés sur une quinzaine de jours. Vive les parents divorcés et les chicanes de famille, ça multiplie exponentiellement les occasions de trinquer et de manger encore et encore de la tourtière.

Beaucoup de bouffe et d’alcool signifient peu de vrais moments de lecture. J’ai cependant pu me réfugier sur la banquette arrière durant le trajet entre Montréal et Montmagny pour faire la lecture de Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, ouvrage de Nicolas Langelier publié en 2010 chez Boréal.

Il faut dire que depuis sa sortie, ce livre, au titre débordant avait piqué ma curiosité. Quoi de mieux que les résolutions intenables de Nouvel An pour repenser sa place dans notre monde hypermoderne?

Nicolas Langelier présente son ouvrage tel un guide de survie et transforme, comme le titre l’indique si bien, ses chapitres en 25 étapes faciles, dont « Décider de faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard », « Se réveiller et ne voir que du gris autour de soi », ou encore « Réfléchir à l’héritage de sa génération », autant de chapitres qui se veulent tragi-comiques sur notre époque, aussi sordide et mercantile soit-elle.

Au passage, Langelier nous informe sur les concepts de modernité, de postmodernité et bien sûr, d’hypermodernité, et présente certains de penseurs et théoriciens de ces courants. Mais au-delà de ça, Réussir son hypermodernité c’est l’histoire d’un homme (ce pourrait être une femme) aux prises avec des questionnements existentiels suite à la mort de son père, disparu quelques mois plus tôt.

Le personnage se retrouve donc au centre d’un parcours initiatique qui le mènera des commerces branchés de Montréal, au chalet construit jadis par son père, sur les rives d’un lac québécois anonyme où il jettera les cendres paternelles, autant d’occasions de se questionner sur les choix qu’on a faits. Ainsi, sur des airs de fins du monde, l’ouvrage trace une histoire lucide sur cette vie dont vous auriez pu être le héros, mais qui s’est avérée en tous points différente.

Dans un chapitre intitulé « Rédiger son manifeste personnel », l’auteur présente en 3 étapes faciles comment se comprendre soi-même et montrer à tous « quel être exceptionnel vous êtes »! Il n’y a pas à dire, l’autodérision est maître chez Langelier, puisqu’en cette époque de voyeurisme à outrance, le manifeste est là une forme pure de mise à nu : « Diffuser : n’oubliez pas que les choses n’existent vraiment que si les autres en sont informés. Il est donc important de leur transmettre le contenue de votre manifeste personnel », écrit l’auteur.

Je voudrais terminer en vous parlant des hipsters. Et oui, Nicolas Langelier se fait plaisir de faire un détour par eux et d’égratigner quelque peu leur héritage au passage. Alors qu’il nous demande dans un exercice de « réfléchir à l’héritage de notre génération », l’auteur nous laisse avec deux réflexions non équivoques, dont celle-ci de Douglas Haddow : « Nous sommes la dernière génération, la culmination de tout ce qui nous a précédé, détruite par la vacuité ambiante. Le hipster représente la fin de la civilisation occidentale ».

Si vous voulez entendre parler de hipsters, c’est demain soir que ça se passe à l’Amère à boire, une conférence de Daniel Grenier : « On achève bien les hipster ; une autofiction », dès 17 h, sera présentée par Salon Double.

http://salondouble.contemporain.info/conf-rence-de-daniel-grenier-on-ach-ve-bien-les-hipsters-une-autofiction