Leçon 22 – Wiazemsky+Godard = Une année studieuse. L’Amour au quotidien

Les amours des autres nous intriguent toujours. Pour tout vous dire, les badinages de mes semblables piquent ma curiosité. Et surtout, lorsqu’il est question de couples célèbres, d’intellectuels ou d’artistes, par-dessus le marché. Ne vous méprenez pas cependant, les frasques des poeple n’ont que peu d’intérêts pour moi (sauf ceux entre Johnny Deep et Vanessa Paradis).

Cependant, lorsqu’une écrivaine que j’aime beaucoup écrit sur ses amours avec un célèbre réalisateur, je ne peux faire autrement que de sombrer. Godard et Wiazemsky. Cette dernière publiait donc au début 2012 Une année studieuse. Je sais, je suis un peu en retard dans mes lectures, mais dès sa sortie, ce livre m’avait intrigué, et il traînait depuis dans ma bibliothèque en attendant le moment où j’allais l’ouvrir.

Je ne sais pas vous, mais moi je ne me lasse jamais des auteurs qui parlent d’eux-mêmes. De leurs bobos, de leur vie de scribouilleur, de leur existence pas toujours organisée, planifiée; de leurs bons et mauvais coups. Je crois que j’essaie par là de comprendre ce qui fait d’eux des écrivains et surtout, j’aime cette proximité avec l’écriture.

Voilà pourquoi j’ai plongé avec quelques mois de retard dans Une année studieuse. Anne Wiazemsky a alors dix-neuf ans, jeune actrice, elle vient de tourner Au hasard Balthazar avec Robert Bresson, nous sommes en 1966 à Paris, et elle fait ce que les jeunes font, et font encore, elle a du front et du culot :

« Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. J’avais agi sans réaliser la portée de certains mots. »

Comment ne pas être happée par cette 4e de couverture? Quelle promesse! Je me suis laissée attirer, les yeux fermés, les mains avides. Le reste n’en a pas été moins agréable, même si l’essentiel du propos est synthétisé dans cette promesse, et que la démonstration tient plus de l’anecdote que de la littérature à proprement parler.

Au début du récit, la petite fille de l’immense écrivain François Mauriac, doit repasser son bac et profite donc de l’été pour étudier. C’est sans compter l’arrivée de Godard. Après sa sulfureuse lettre, il lui dit partager ses sentiments, une photo de la jeune fille et quelques rencontres ont suffi à le faire chavirer.

Dix-sept années les séparent, lui déjà artiste et intellectuel reconnu, elle jeune femme pas si candide qu’elle n’y paraît d’abord, vivront ensemble une année où l’apprentissage d’Anne n’aura d’égal que l’impétuosité de Godard. Amoureux attentif à l’esprit vif et turbulent, sa vivacité influencera grandement la jeune femme qui défiera sa famille et les restrictions de son époque (elle prendra la pilule!) afin d’être auprès de celui qu’elle aime.

Une année studieuse, titre un peu fade pour une année d’apprentissage aussi riche, est néanmoins une lecture particulièrement agréable, même si la voix et le point de vue de l’auteure se font un peu trop invisibles, laissant toute la place à ses illustres protagonistes.

Anne et Jean-Luc croiseront, entres autres, Francis Jeanson, Michel Cournot, François Truffaut et Jeanne Moreau (sublime dans sa résidence du sud de la France), tourneront ensemble La chinoise, se marieront en secret en Suisse (Jean-Luc y en possède la nationalité) et iront présenter leur film à Avignon et Venise.

Cette Année studieuse est plus le portrait d’une époque qu’un vrai roman. Il est cependant facile de pardonner à Anne Wiazemsky, puisque l’épisode de sa vie qu’elle offre à ses lecteurs est tellement intéressant (suis-je une voyeuse?) que la forme romanesque se plie aisément au propos intime de l’auteure.

Depuis, cette intimité qu’il m’a été possible de partager lors de la lecture, je veux la faire durer le plus possible et c’est pourquoi, je veux voir et revoir tous les films de Godard, toutes les apparitions de Wiazemski comme actrice. Une image ne vaut-elle pas mille mots?