Leçon 24 : Qu’est-ce que les cowboys mangent pour Noël?

D’abord, est-ce que les cowboys fêtent Noël?

Les tripots irlandais et les salons parisiens ne sont pas les seuls endroits fréquentables pour des protagonistes. Les grandes plaines arides et les rivières aurifères le sont aussi, et deux fois plutôt qu’une dans Les frères Sisters, ce roman de Patrick deWitt dont Alto a publié la traduction au mois d’août dernier. 

LesfrèresSisters

Je trouve que décembre est un bon mois pour revenir aux cowboys et à l’ambiance surannée des bons vieux westerns. D’abord, parce que les plaines chaudes et désertiques du Midwest américain nous rappellent, à nous Québécois, qu’il n’y a pas que le froid et l’hiver (même si l’hiver n’est pas officiellement arrivé). Ensuite, car les cowboys sont souvent des hommes de peu de mots qui peuvent nous aider à régler des situations gênantes une fois le temps des Fêtes venu.

Membre déplacé de la famille : Pis, t’as travaillé cette année le jeune?

Moi : Le travail rime avec la souffrance et les kilomètres à parcourir.

Membre insistant de la famille : Dis-moi pas que t’as encore écrit des articles pis lu des livres. Il est temps que tu te trouves une vraie job! Tiens, prends ma fille, elle a ton âge pis déjà une maison pis des enfants.

Moi : Les enfants doivent être mis hors de danger. Un accident est si vite arrivé.

Membre horrifié de la famille : Vous êtes toutes pareil à Mourial, des artiss pis des pognes cul. Toi qui aurais pu faire quelque chose de ta vie! Tsé, yé pas trop tard…

Moi : Tout vient à point à qui sait attendre.

Tout est dans l’attitude avec les cowboys. Et je suis bonne pour encore un an avec leurs propos évasifs. Donc, Les frères Sisters. Ce western spaghetti arrive dans sa version française auréolé de prix, et non les moindres : Prix littéraire du Gouverneur général 2011, Prix Rogers Writers’s (meilleur roman ou recueil de nouvelles canadien de l’année), Prix Stepen Leacock (l’auteur canadien du meilleur livre d’humour), sans compter sa mise en nomination pour le Prix Man Booker.

C’est vrai qu’il y a beaucoup d’humour dans Les frères Sisters. Comme dans la chanson de Lisa Leblanc J’pas un cowboy :

Lisa Leblanc

Lisa Leblanc

J’vis pas dans l’désert

But j’feel toute seule en calvaire

So pour passer le temps, j’écoute des vieux reruns des films de John Wayne

J’pas un cowboy

Mais j’aime ça prétendre que je l’suis

Dans mon cœur, dans mon cœur de cœur

J’pas un cowboy – mais j’aime ça prétendre que je le suis.

Lisa Leblanc – J’pas un cowboy

Donc, tout est question d’attitude avec les cowboys. Et les frères Sister, Eli et Charlie de leurs prénoms, et tueurs à gages de leur profession en ont à revendre de l’attitude. Ils forment un duo redoutable depuis plusieurs années, et pour ce coup-ci, ils sont mandatés par le Commodore pour aller prendre la vie de Hermann Kermit Warm, pauvre bougre qui est accusé de l’hypothétique vol d’une formule secrète. 

Patrick deWitt

Patrick deWitt

Bref, les frères partent en 1851 de Oregon City, pour se rendre en Californie afin de commettre leur forfait. Mais ça, c’était sans compter la relation tumultueuse de Charlie avec l’eau de vie, les rages de dents et les déboires de cheval d’Eli — le narrateur de ce conte western burlesque qui a des complexes par rapport à son poids —, les rencontres galantes et les méfaits en cours de route, l’Amérique des chercheurs d’or est tout sauf banale. Eh oui, tout vient à point à qui sait attendre, mais ici, les revirements de situations et les événements loufoques feront dérouter encore et toujours la chevauchée des deux frères qui arriveront plusieurs jours après que leur proie a quitté San Francisco avec l’homme au service du Commodore qui devait les mener à Warm.

Une chose est sûre avec les cowboys : il y a toujours des cadavres en chemin. La violence, omniprésente, sert de trame de fond à l’examen de conscience auquel va se livrer Eli, de loin le plus sensible des deux frères : quitter ou ne pas quitter son état de tueur à gages, et si oui, quoi faire? Pourquoi ne pas ouvrir une boutique avec son frère? Mais la violence ne quitte jamais tout à fait l’épopée fraternelle, mais une fois qu’ils auront découvert la nature de la formule secrète, dont le but est bien sûr de récolter toujours plus d’or, eux aussi seront rattrapés par l’appât du gain. Mais comble de malheur, la formule est toxique et fournira de nouveaux cadavres à cette macabre quête. 

Les frères Sisters, un livre donc, à mettre dans tous les bas de Noël, mais surtout un précieux atout pour faire s’éloigner tout membre de la famille trop insistant autour du bol de punch grâce son humour grinçant et ses épisodes sanglants. Du western comme je les aime : décalé, funeste et rocambolesque. Je vous souhaite un temps des Fêtes décalé, et rocambolesque, pour ce qui est de funeste, soyez patients : tout vient à point à qui sait attendre…

Si vous voulez entendre parler des Frères Sisters par l’auteure d’un autre western succulent, Marie-Hélène Poitras (Griffintown, Alto, 2012), elle était récemment de passage à Lire à ARTV.

Je parlais de Griffintown sur RueMasson, il y a quelques mois.

 

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Leçon 23 : Quand les mots ne suffisent plus (et se mettent en place tout seul pour former un texte)

Je ne sais pas quoi vous dire, mais ce matin les mots me manquent. Pourtant, ils sont partout : dans les slogans électoraux tous plus déprimants les uns que les autres, au cœur des revendications étudiantes qu’il faut continuer de marteler, et dans chacun des statuts Facebook et Twitter qui appellent au vote et à l’implication citoyenne sous toutes ses formes.

Pour tout vous dire, je me sens comme une vulgaire mangeuse de mots. Une voleuse plutôt. Et j’emprunte, j’empile, je compile, je compare et je déprime. Pourtant, il y a tant à lire, tant de textes, blogues, articles, commentaires, opinions, chroniques publiés chaque jour, chaque minute, et diffusés, propagés, partagés que le temps de les assimiler tous, le futur se compare à l’imparfait et le doute pointe son nez sur les origines de la parole.

Je crois que je suis exténuée de ce type de lecture (surtout en fin de campagne électorale), même si j’ai l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de textes de qualité, d’opinions diverses exprimées, de propositions emballantes, d’histoires à raconter et de bons mots à souligner.

Je voudrais revenir au temps de la lecture patiente, de la découverte lente, des après-midi de lecture sans fin et des nuits de sublime conversation avec des auteurs qui s’entretiennent directement avec mon âme (s’il existe une telle chose!).

La course ne me plaît plus. J’abandonne (pour combien de temps?). Ce ne sont pas les mots qui me manquent, mais le silence qui les accompagne parfois qui me fait défaut. On crie, on s’époumone, on revendique; je crie, je m’époumone, et je revendique. Mais pourquoi?

Ces mots que nous partageons sont toute notre histoire, celle à inventer, celle à écrire, celle à vivre. La mienne, la tienne, la nôtre. Je voudrais partir, aller trouver ailleurs le silence de l’écriture et de la lecture, écouter le bruit du monde comme un murmure lointain, diffus, enfin compréhensible, palpable et non pas dans l’urgence du quotidien, de la foule, des débats stériles et des accusations futiles. Voeux pieux? J’imagine que l’on a tous nos périodes où la fuite semble la seule issue possible. 

Nous allons élire aujourd’hui un gouvernement qui devrait utiliser les mots pour mieux nous représenter, mieux nous définir, nous inspirer enfin comme peuple, qui devrait rassembler les mots pour construire un projet de société, fort et juste, ou tout un chacun pourrait trouver son compte pour le meilleur et pour le pire. Mais je ne trouve pas les mots pour dire que tout ça m’emmerde, me dégoûte, m’enrage et me déprime.

Je me suis déjà demandé dans ses pages si j’étais idéaliste. J’imagine que oui, car je ne reconnais nulle part chez les aspirants dirigeants la passion du verbe enflammé, de la tournure idyllique, de la phrase bien faite et poétique, du message clair et emporté. Il n’y a que des phrases toutes faites, des accusations faciles, des promesses en l’air et des débats vidés de leur substance.

J’ai hâte à mercredi, pour qu’enfin la place publique puisse se concentrer sur autre chose que des mots vides et des paroles superflues. En attendant, allez voter (quand même!).

 

 

 

Leçon 22 – Wiazemsky+Godard = Une année studieuse. L’Amour au quotidien

Les amours des autres nous intriguent toujours. Pour tout vous dire, les badinages de mes semblables piquent ma curiosité. Et surtout, lorsqu’il est question de couples célèbres, d’intellectuels ou d’artistes, par-dessus le marché. Ne vous méprenez pas cependant, les frasques des poeple n’ont que peu d’intérêts pour moi (sauf ceux entre Johnny Deep et Vanessa Paradis).

Cependant, lorsqu’une écrivaine que j’aime beaucoup écrit sur ses amours avec un célèbre réalisateur, je ne peux faire autrement que de sombrer. Godard et Wiazemsky. Cette dernière publiait donc au début 2012 Une année studieuse. Je sais, je suis un peu en retard dans mes lectures, mais dès sa sortie, ce livre m’avait intrigué, et il traînait depuis dans ma bibliothèque en attendant le moment où j’allais l’ouvrir.

Je ne sais pas vous, mais moi je ne me lasse jamais des auteurs qui parlent d’eux-mêmes. De leurs bobos, de leur vie de scribouilleur, de leur existence pas toujours organisée, planifiée; de leurs bons et mauvais coups. Je crois que j’essaie par là de comprendre ce qui fait d’eux des écrivains et surtout, j’aime cette proximité avec l’écriture.

Voilà pourquoi j’ai plongé avec quelques mois de retard dans Une année studieuse. Anne Wiazemsky a alors dix-neuf ans, jeune actrice, elle vient de tourner Au hasard Balthazar avec Robert Bresson, nous sommes en 1966 à Paris, et elle fait ce que les jeunes font, et font encore, elle a du front et du culot :

« Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. J’avais agi sans réaliser la portée de certains mots. »

Comment ne pas être happée par cette 4e de couverture? Quelle promesse! Je me suis laissée attirer, les yeux fermés, les mains avides. Le reste n’en a pas été moins agréable, même si l’essentiel du propos est synthétisé dans cette promesse, et que la démonstration tient plus de l’anecdote que de la littérature à proprement parler.

Au début du récit, la petite fille de l’immense écrivain François Mauriac, doit repasser son bac et profite donc de l’été pour étudier. C’est sans compter l’arrivée de Godard. Après sa sulfureuse lettre, il lui dit partager ses sentiments, une photo de la jeune fille et quelques rencontres ont suffi à le faire chavirer.

Dix-sept années les séparent, lui déjà artiste et intellectuel reconnu, elle jeune femme pas si candide qu’elle n’y paraît d’abord, vivront ensemble une année où l’apprentissage d’Anne n’aura d’égal que l’impétuosité de Godard. Amoureux attentif à l’esprit vif et turbulent, sa vivacité influencera grandement la jeune femme qui défiera sa famille et les restrictions de son époque (elle prendra la pilule!) afin d’être auprès de celui qu’elle aime.

Une année studieuse, titre un peu fade pour une année d’apprentissage aussi riche, est néanmoins une lecture particulièrement agréable, même si la voix et le point de vue de l’auteure se font un peu trop invisibles, laissant toute la place à ses illustres protagonistes.

Anne et Jean-Luc croiseront, entres autres, Francis Jeanson, Michel Cournot, François Truffaut et Jeanne Moreau (sublime dans sa résidence du sud de la France), tourneront ensemble La chinoise, se marieront en secret en Suisse (Jean-Luc y en possède la nationalité) et iront présenter leur film à Avignon et Venise.

Cette Année studieuse est plus le portrait d’une époque qu’un vrai roman. Il est cependant facile de pardonner à Anne Wiazemsky, puisque l’épisode de sa vie qu’elle offre à ses lecteurs est tellement intéressant (suis-je une voyeuse?) que la forme romanesque se plie aisément au propos intime de l’auteure.

Depuis, cette intimité qu’il m’a été possible de partager lors de la lecture, je veux la faire durer le plus possible et c’est pourquoi, je veux voir et revoir tous les films de Godard, toutes les apparitions de Wiazemski comme actrice. Une image ne vaut-elle pas mille mots?

Leçon 21- De l’utilité des mots devant l’Éternel

Je suis partie pour mieux revenir.

Il y exactement 54 jours que je n’ai rien écrit ici. Rien. Niet. Pas un soupir, un mot, un espoir. Personne ne l’a remarqué, mais c’est tant mieux (la liberté n’a pas de prix).

J’y ai pensé tous les jours cependant. J’imagine que je voulais repousser les limites. Mes limites. Voir qu’un blogue ne sert à rien si personne ne le lit, commente, partage; si personne ne l’écrit… Et le temps, à son manque plutôt, à quoi bon le pointer du doigt, si l’espoir et l’envie ne sont plus.

Voulais-je comprendre mes gestes, mes réflexions, mes réflexes d’écriture, de lecture? Faire comme si de rien n’était, alors que je savais très bien ce que je faisais (c’est-à-dire rien)?

Voulais-je réfléchir à la nécessité de l’écriture? Je n’en sais rien. Mais je sais toutefois que je ne serais rien sans l’écriture, les mots, la page blanche, les idées qui se bousculent et que l’on doit organiser. La ligne est mince entre la fiction et la réalité, et il me semble que je suis cette courroie de suspension qui ne retient plus grand-chose.

Mes derniers textes étaient un hommage à ces écrivains que j’aime, que je lis, que je côtoie parfois et qui me surprennent toujours.

Tant d’autres ont la plume agile. Savent raconter, défricher, surprendre, entendre. Bertrand Laverdure s’est surpassé dans son texte Je ne suis rien avant la #manifencours. L’un des meilleurs textes qu’il m’a été donné de lire depuis sur le conflit étudiant.

 Ou encore ce texte de Patty O’Green que j’aurais aimé écrire : Navarino, mon amour.  Sur la bibliothèque secrète du Café Navarino où la blogueuse va travailler parfois.

Tant d’événements ont lieu au-delà de mon écran, de mes quelques mots. J’aurais aimé les capturer un à un, leur écrire chacun un poème, au moins leur dédier une pensée, en faire des torrents qui pourraient aller rejoindre le tumulte ambiant (quelle idéaliste je suis!), leur écrire une chanson que le temps n’effacerait point (je peux toujours courir, surtout que je n’ai jamais écrit de chanson), bref arrêter de tergiverser seule dans mon coin, sur mes angoisses (face à l’écriture). Maturité? Jamais, tu ne me rattraperas. Gamine devant l’Éternel, j’ai voulu ces Intempéries comme mon autre côté du miroir. Et c’est peut-être ça le problème, à bien y penser.

Leçon 20 – Je vous aime écrivains et autres bonimenteurs

Vous écrivains, êtes partout. Dans les films, sur internet, dans la rue, dans les livres, bien sûr, et vos mots sont sur les murs, dans nos histoires, sur des t-shirts, des affiches : vous résonnez sur scène autant qu’entre nos deux oreilles.

Un mois que je vous hallucine, vous vois dans ma soupe, vous rencontre, que nous discutons, que je tente de vous décortiquer, de vous comprendre. Vous et moi sommes liés d’un pacte immuable et silencieux.

Tout a commencé au début d’avril. Marie-Hélène Poitras publiait alors Griffintown. J’ai rencontré la belle autour d’un café, où elle m’a parlé de son amour des mots, des auteurs, de la lecture. Son dernier ouvrage faisait la lumière sur un quartier, Griffintown, un métier, celui de cocher, et mettait en mots tout un pan de l’histoire montréalaise, à la limite de l’asphyxie, dans une histoire proche du western-spaghetti, fin tragique comprise :

« Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance. »

 

Puis, il y a eu François Saillant. L’homme venait de publier Le radical de velours, chez M éditeur. Couverture Le radical de veloursJe n’ai pu que constater la fougue de ce grand militant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et candidat de Québec solidaire dans Rosemont.

« J’exècre la pauvreté. Je n’en peux plus d’un système capitaliste qui, pour l’enrichissement d’une minorité, exploite, saccage, viole les droits. Je suis convaincue que l’avenir de l’humanité passe par une transformation profonde de la société, par des changements radicaux qui vont à la racine même des injustices.

 J’ai aussi la certitude que les actions radicales, celles qui dérangent, perturbent, frappent l’imagination, ont leur place à côté des grandes mobilisations de masse et qu’elles sont tout aussi indispensables. »

 À relire en ces temps houleux. Les luttes actuelles ne sont ni les premières, ni les dernières, mais elles n’en sont pas moins importantes.

Hier encore, je rencontrais Tristan Malavoy pour le lancement de Les Éléments, album musical aussi poétique que mélodique. Le rédacteur en chef du Voir, chroniqueur littéraire et auteur-compositeur-interprète, a trouvé le temps de se mettre en scène et de nous bercer les oreilles de sa verve inspirée et de sa voix grave. Le temps de douze chansons, le monde chavire et les éléments, soit la terre, l’air, l’eau et le feu, prennent forme.

Au détour d’une entrevue, il m’a dit :

« Je me mets en danger continuellement, je ne sais pas où je vais aboutir, je suis quelqu’un d’assez cartésien en général et je mets ça de côté dans l’écriture. J’ai besoin de me faire surprendre par les mots, par moi-même. La poésie a ça de merveilleux qu’elle nous place dans un état d’étonnement par rapport à nous-mêmes ».

Étonnement par rapport à nous-mêmes? N’est-ce pas votre rôle, écrivains, poètes, essayistes et autres bonimenteurs, de nous étonner, de nous émerveiller? Et le nôtre, de nous questionner, de nous laisser emporter? Si oui, je vous remercie, ce mois-ci écrivains, j’ai pu marcher dans vos pas.

Pour lire mes articles :

« Hors de la calèche, point de salut: Griffintown de Marie-Hélène Poitras »

« Être militant ou ne pas l’être: François Saillant publie Le radical de velours »

« Joindre le geste à la parole : Tristan Malavoy lance l’album « Les Éléments »

Leçon 17 – Grenier et moi… parcours elliptique d’une lectrice

Daniel Grenier dans son blogue Saint-Henri (allez voir!), demandait le 15 mars dernier :

Quel est le livre que vous considérez comme votre première « vraie » lecture, si tant est qu’une telle chose existe? Cette première lecture qui vous a fait vous rendre compte que vous n’alliez probablement plus jamais vous arrêter?

En réaction aux réponses de cette « Petite question », Grenier a mis en ligne le lendemain le texte « Grande réponse », où il expliquait ses débuts à lui comme lecteur, de Tolkien et la SF en passant par Nabokov et Vian, puis terminait sur son envie d’écrire et Nabokov, encore. Le parcours des autres me semble chaque fois tellement plus riche et transcendant que le mien. Je dois bien avoir la mémoire qui flanche, déjà.

À lire les réponses obtenues par Grenier, tout le monde lisait Victor Hugo à 7 ans, Nabokov à 9, et Flaubert avant la puberté, et j’exagère à peine (je remercie chaudement tous ceux qui ont répondu, vous m’avez rappelé de bons souvenirs!), un peu quand même, beaucoup même. Rien de semblable dans mon parcours (Hugo, Nabokov et Flaubert sont venus plus tard), au commencement, et bien, il n’y avait rien, ou presque.

Tout ça pour dire que chaque auteur, chaque lecteur possèdent son histoire « littéraire ». Tous les chemins mènent à l’écriture, si tant est que la lecture est reine. Histoires d’amour entre l’auteur et le texte, n’allez cependant pas y chercher une quelconque justification d’un parcours tracé d’avance. Ces histoires ne disent rien de plus : lisez et écrivez. Point.

 

J’ai envie de faire une Daniel Grenier de moi-même (je crois qu’on avait le même dealer de lunettes! – allez voir sa photo et lire son article, si vous ne l’avez déjà fait!), et remonter la piste de mon désir d’écrire, et de mon parcours de lectrice. C’est bien sérieux tout ça, mais là encore, il est question d’amour et de livres, de tonnes de livres. Je livrerai donc dans les prochaines semaines, des bribes par-ci, par-là, de quelques-unes de mes lectures coup de poing depuis l’enfance, ou pour reprendre les mots de Grenier, de mes premières lectures « vraies », et pour le continuer à le paraphraser, « si tant est qu’une telle chose existe ».  

 

Je vous mets en garde (à quoi bon?), je ne serai ni spirituelle, ni transcendante. Mon parcours est éclectique, elliptique; je suis une fausse littéraire, mais une lectrice assidue (et un jour, une écrivaine bornée). Je tente depuis des années de tenir une liste de mes lectures — je n’y arrive jamais vraiment longtemps – souhaitez-moi bonne chance, je tiens bon depuis le 1er janvier 2012.

Aujourd’hui, le 21 mars est la Journée mondiale de la poésie. Vive les poètes et autres charmeurs de mots!

Claude Beausoleil, Poète de la Cité, invite les Montréalais à fêter avec lui : 3 lectures de poésie dans le métro et une soirée « 21 poètes pour le 21e siècle le 21 mars » à la Maison du Conseil des arts de Montréal, à 17 h 30.

 

Faire mine de partir (et écrire ?) dans un hôtel

La fuite. Partir. Bouger. Quitter son bureau, sa chambre, son appartement, sa rue, pour ailleurs. Une chambre, petite ou grande, avec vue soit sur une baie soit sur un stationnement, au choix. Les rideaux tirés et la bible dans le tiroir : vous êtes au bon endroit. Bienvenue.

S’exiler dans une chambre d’hôtel peut être un bon moyen pour venir à bout de ses démons. Incapable d’écrire à la maison? Vous avez un chapitre à terminer, une histoire à fignoler, ou vous voulez simplement profiter du câble gratuit, des films sans pauses publicitaires (pas vraiment sans pauses) et de la machine à glace dans le couloir?

Une fois bien installé dans la chambre, 3 choix s’offrent à vous :

1. Rester dans le noir et réfléchir à votre objectif jusqu’à ce que l’inspiration vienne.

2. Alterner périodes de sieste et périodes d’écriture, jusqu’à l’évanouissement.

3. Regarder la télé et après 7 h 53, de zapping, films en noir et blanc, talk-shows pourris et infos en continu, écrire tard dans la nuit, pour vous réveiller au matin sans comprendre où vous êtes.

S’exiler pour écrire est un excellent moyen de procrastiner (ou pas, au contraire) sur le manuscrit qu’on traîne depuis des années. Celui qui ne finit plus plus de finir. De contraindre. De restreindre. De faire chier.

La chambre d’hôtel est depuis toujours synonyme d’écriture dans le monde littéraire. Elle une bouée, une oasis, un luxe dans un monde bruyant et discordant. C’est l’espace mythique de la solitude assurée, mais aussi l’espace de la promotion pour ceux dont les livres viennent d’être publiés.

Plusieurs hôtels ont leurs habitués, écrivains connus et moins connus, vivants ou légendaires, peut importe, les articles et les livres sont nombreux à ce sujet. Paris est la reine de l’histoire d’amour entre les hôtels et les auteurs. L’article de Delphine Peras, « Luxueuses ou monastiques, les chambres d’hôtel des écrivains », personnifie cette romance à merveille. Dis-moi à quel hôtel tu loges, je te dirai qui tu es.

Avant de faire vos valises, voici quelques définitions utiles :

Chambre d’hôtel : moyen tout indiqué pour se retrouver seul avec ses phrases qui ne veulent plus rien dire, ses mots inutiles qui s’enchaînent sans fin et ses histoires que nous seuls trouvons drôles (ou tristes).

Internet sans fil (WiFi…) : cordon ombilical qui relie au monde, mais qui fait oublier pourquoi une chambre d’hôtel était nécessaire – des heures et des heures de procrastination organisée passées sur des sites aux degrés d’intérêts divers – et indispensable dans ladite situation.

 Machine à café : toujours de mauvaise qualité (du moins dans les hôtels sur le bord des autoroutes) le café de la minuscule machine à café de votre chambre ne peut que vous décevoir et vous déprimer davantage sauf si votre roman a pour décor les trucks-stop et les rest area.

Déjeuner gratuit : votre seul rendez-vous de la journée. Le manquer pourrait mettre en péril plusieurs heures d’écriture.

 Liste des chaînes : distraction ultime. Sa lecture vous promet un monde riche en couleurs, toutes plus brillantes les unes que les autres, dans les faits, le nombre de chaînes est inversement proportionnel à votre capacité à écrire. Le canal météo fait exception à cette règle.

Lit : apprenez à écrire couché si vous voulez profiter pleinement de votre expérience, la chaise et le bureau, c’est tellement XXe siècle. En plus, sachez que vous pourrez faire des siestes éclair à volonté.

 Bible : nécessité nécessaire. Vous aidera à vous concentrer sur votre but. Ça, c’est du solide et c’est un livre… après tout.

This book reveals the mind of God, the state of man, the way of salvation, the doom of sinners, and the hapiness of believers.

Its doctrines are holy, its precepts are binding, its histories are true, and its decisions are immutable.

 Bon début, mais la fin est prévisible.

 

Un hôtel en tête?